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Nature en ville ou biodiversité : quelle différence ?

Mis à jour : mars 11

Quand on habite en ville, on peut apprécier un alignement de platanes offrant leur ombrage au dessus d'une avenue, s'enthousiasmer pour l'implantation de ruches, s'émerveiller devant le nouveau parterre fleuri d'un rond-point ou encore, profiter de quelques rayons de soleils allongés sur la pelouse d'un parc. La nature est présente partout, même là où elle n'est pas attendue : ronces envahissant une friche, herbes folles utilisant le moindre interstice dans la chaussée, colonies d'étourneaux qui en quelques secondes maculent les terrasses des cafés et les voitures en stationnement, fourmilières qui s'installent dans un pot de fleur d'un balcon... Notre rapport à la "nature en ville" est donc complexe : souvent plébiscitée, la nature doit ne pas nous déranger.


Champs libres préfère parler de biodiversité que de nature en ville. Pourquoi ? Et d'abord, qu'est-ce que la biodiversité ?


La biodiversité s'entend à 3 niveaux :

- la diversité des milieux ; quelle que soit leur échelle (d'un océan à une mare, d'une chaîne de montagne à un parc urbain), ces milieux vont être propices au développement et/ou l'hébergement de différentes espèces. Les milieux naturels sont fragilisés ou détruits par les activités humaines : par exemple, plus de 35 % des milieux humides littoraux et continentaux ont disparu depuis 1970 dans le monde. Avant d'agir sur un milieu, il est important de se poser la question de ses caractéristiques pour adapter le projet Champs libres : un bord de rivière ou une friche n'ont pas les mêmes potentiels et c'est pourquoi avec le cabinet Ecotone, nous analysons au préalable les milieux pour proposer l'action la plus adaptée et la plus pertinente en termes de biodiversité.

- la diversité des espèces : oiseaux, insectes, rongeurs, reptiles, batraciens vont privilégier le milieu qui leur est le plus adapté, et parfois, s'adapter à des milieux contraints. Il en est de même pour les végétaux. Mais cette diversité des espèces fonctionne d'autant mieux qu'elle est cohérente : en ville, une grande partie des végétaux sont horticoles, c'est-à-dire qu'ils ont été choisis pour leurs qualités paysagères et non pour leur intégration et leur contribution à l'écosystème. Ainsi, des plantes exotiques vont essaimer rapidement, comme le Buddléia originaire d'Asie au risque de prendre la place de nos viornes lantanes ou de nos cornouillers sanguins qui font le délice de nos insectes et oiseaux de la région.

- la diversité génétique, qui fait qu'au sein d'une même espèce végétale ou animale, les caractéristiques des individus vont être différentes (de même que nous avons différentes couleurs d'yeux ou de cheveux). Mais savez-vous qu'un même arbre peut avoir plusieurs génomes ? "Il n'attend pas de produire des descendants pour innover sur le plan génétique, il le fait pendant sa croissance. À mesure que ses branches s'allongent et se ramifient, son génome se diversifie, offrant autant de prises nouvelles à la sélection naturelle"


Favoriser la biodiversité, ce n'est donc ni lancer des bombes de graines identiques sur toute la surface de la planète, ni installer des ruches qui n'accueilleront qu'une seule espèce d'abeille (généralement l'abeille domestique au détriment des espèces sauvages - voir http://www.leparisien.fr/societe/ruches-urbaines-pourquoi-elles-ne-font-plus-le-buzz-06-11-2019-8187309.php) : c'est favoriser un écosystème résilient et autonome et cela commence par des sols vivants.


Illustration : Lola Batt


C'est pourquoi Champs Libres porte une attention particulière à l'amélioration de la qualité des sols en apportant la matière organique qui a pu leur manquer : compost et broyat (branches broyées) vont permettre le développement de champignons si utiles aux arbres (les champignons mycorhiziens) et de toute une vie souterraine qui va œuvrer à aérer le sol et décomposer les nutriments (insectes et vers). Le sol est couvert pour conserver un meilleur taux d'humidité. Au fur et à mesure que la végétation pousse, il s'auto-alimente grâce aux feuilles mortes et aux bois morts qui vont se décomposer.


Les deux premières étapes de ce cycle sont donc essentielles pour attirer une faune diversifiée qui va s'y loger et s'y alimenter : oiseaux nichant dans les haies, insectes butinant les fleurs des prairies, rongeurs creusant leur terrier entre les racines des arbres, ... Si ces écosystèmes sont équilibrés, la faune y trouvera peu à peu sa place sans avoir besoin d'être introduite sans considération de la qualité de son environnement. Même si bien d'autres facteurs peuvent nuire à son implantation en ville, notamment la circulation, la pollution lumineuse ou aérienne et enfin, la présence de prédateurs dont le chat est le roi incontesté.


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